Ce livre est notre combat, mémoire d’un procès exceptionnel, celui d’un Papon, bourreau bordelais, pourvoyeur des camps de concentration, Pitchipoï lointain dont pas un enfant, pas un bébé ne revint.
Papon : « Mais je n’ai rien dit ; de position, je n’en ai pas. »
– Le procureur général Desclaux : « Oui, c’est bien cela, je note votre absence de position. Ce dont on parle est dramatique, on parle des enfants, de leur déportation, et vous, qu’est-ce que vous faites ? Une lettre aux SS et une lettre au Gouvernement. On vous reproche d’en faire plus, d’avoir pleinement participé, d’avoir agi avec zèle. Lors du convoi d’août, il y a eu soixante-quatre enfants. »
Le procureur général cite les noms des enfants de juillet, partis dans le convoi, pour honorer leur mémoire.
À l’écriture de cette liste – long trajet sur le chemin de l’Inhumanité – j’ai dû m’arrêter à plusieurs reprises ; larmes, cris, colère, envie irrépressible de tout casser… Hurlements, cauchemars qui déchirent à jamais le silence de la nuit… La bête immonde avale le petit d’homme. L’espoir n’a plus ni visage ni avenir. Ce soir, j’ai le sentiment d’atteindre la frontière de ce crime contre l’Humanité… Aucun mot, aucune larme, aucun cri ne veut plus rien dire… Plus rien n’a aucun sens… Plus rien ne sert à rien. Mais malgré tout, ne jamais oublier ces noms… (Extrait de compte-rendu d’audience)